MA VIE À LA VILLA – Chantal Keyser

Une carrière à élargir les horizons des Marcellines

Avec le départ à la retraite de Chantal Keyser, c’est une partie de l’âme de la Villa qui nous quitte. La Villa Sainte-Marcelline avec son ouverture sur le monde, ses sorties, ses voyages, ses projets, ses échanges, ses PEVI… c’est Chantal Keyser qui nous fait rêver et qui met l’école sur des roues et lui donne des ailes depuis 1989. Son engagement indéfectible laisse une empreinte significative sur notre équipe.

Grandir avec les valeurs marcellines

Élevée par les Marcellines, ayant commencé la maternelle au Collège Sainte-Marcelline à 3 ans, elle a grandi baignée dans les valeurs et la façon de faire que nous ont inculquées les sœurs. Formée en biologie, elle a fait une courte carrière dans un laboratoire avant de décider de suivre ses passions et de réaliser un rêve après le décès prématuré de son père. C’est ainsi qu’elle a fait une formation en photographie et qu’elle a œuvré pendant quelques années comme photographe de presse, à la pige, entre autres pour Le Devoir.  Avide de moto, de plongée sous-marine et d’aventure, Chantal  a beaucoup voyagé, partout dans le monde, de l’Argentine à la Mongolie. Plus heureuse dans une forêt sur des skis de fond ou au bord d’un lac que partout ailleurs, c’est une grande amoureuse de la nature.

Chantal fait partie de celles qui ont été engagées par Sr Louise non pas uniquement pour leur CV, mais pour ce qu’elle voyait qu’on pouvait apporter à l’école. Titulaire d’un Honour’s degree en Physiologie, ce n’est donc pas comme professeur de biologie qu’elle a commencé sa carrière à la Villa, mais bien comme accompagnatrice de groupes pour les premiers PEVI et autres projets. Son arrivée à la Villa coïncide avec la chute du mur de Berlin en novembre 1989 : Sœur Louise lui a demandé d’organiser une grande fête pour célébrer cela!

Des projets qui ont évolué avec l’expérience

Les projets ont évolué avec le temps. Au début, Sr Louise avait conçu le rêve de faire «l’école sur 4 roues». Chaque classe ou chaque niveau serait jumelé à une école au Québec permettant aux élèves de voyager partout dans la province. C’est ainsi qu’ont débuté les projets récurrents, en début d’année au secondaire, pour créer des liens entre les professeurs et les élèves et entre les élèves. Ces projets s’inséraient dans le programme pédagogique des professeurs accompagnateurs qui s’impliquaient dans leur préparation. Devenus au fil des années les PEVI, ces projets vont-ils se poursuivre après son départ? Elle est confiante que oui car les PEVI constituent des jalons essentiels du parcours des élèves du secondaire et ils gardent tout leur sens et leur valeur. D’ailleurs, très souvent, les finissantes disent que leurs meilleurs souvenirs de leur secondaire sont justement les PEVI. Les liens créés entre les élèves en ces trois jours de voyage sont très précieux.

Offrir aux élèves des expériences inoubliables

En tant que coordonnatrice de tous les projets à l’international, Chantal Keyser a démontré un talent exceptionnel pour offrir des expériences éducatives inoubliables à des générations de Marcellines. Sa passion pour la découverte a ouvert de nouveaux horizons à nos élèves et a contribué à l’enrichissement culturel de notre école. Elle est bien plus qu’une organisatrice de voyages! Il s’agit d’expériences de vie pour les élèves contribuant à leur développement intégral. Au cours des années, elle a établi des partenariats avec des écoles, des organismes, des familles un peu partout dans le monde toujours avec le souci de contribuer à faire de nos élèves des citoyennes ouvertes et engagées. Elle est aussi devenue maître à relever tous les défis logistiques!

Des projets ESF pour le collégial aux voyages et échanges scolaires pour le secondaire

Le premier voyage qu’elle a organisé était avec le tout nouveau collégial : un voyage à Moscou, en 1993. Il fallait avoir le goût de l’aventure pour mener un groupe d’élèves en Russie, en familles, à peine deux ans après la fin de l’Union Soviétique! La même année,  deux groupes du secondaire sont allés en échange scolaire en France.  Les voyages au collégial sont ensuite devenus une partie intégrante du programme des étudiants de 1re année. Les projets ESF (Étudiants sans frontières) ont fait découvrir le monde à des générations d’étudiants : Baie James, Nicaragua, Mexique, Brésil, Paraguay, Maroc, Israël et Palestine, Jordanie, Sénégal, Belgique, Chine, Espagne, Italie, etc. Au moins un voyage, parfois deux, chaque année pendant 30 ans! On en a vu du pays grâce à son grand talent d’organisatrice. On ne faisait pas affaire avec une agence : les projets ESF ont tous été conçus et bâtis par elle! Et cela sans compter tous les projets et échanges au secondaire, construits avec les professeurs, dans l’objectif d’emmener les élèves à découvrir les chefs d’œuvre de l’humanité mais surtout à se dépasser et à prendre plus de maturité: Italie, France, Allemagne, Costa Rica, Brésil, Mexique, Pérou…

Aller de l’avant

Elle se félicite d’avoir toujours su continuer à ramer et aller de l’avant, même dans l’adversité et la difficulté.  On a appris sur le terrain avec les sœurs, dans l’adversité. Quand on lui dit qu’elle va pouvoir profiter de sa vie maintenant qu’elle prend sa retraite, elle s’exclame, «Mais j’en ai profité de ma vie à la Villa! Je n’ai pas attendu la retraite pour en profiter! J’aime ce que je fais!» Cependant, elle ressent maintenant une certaine fatigue.  Les dernières années ont été difficiles : fermeture du collégial, pandémie, et la longue période pendant laquelle elle a dû prendre de nombreuses responsabilités, sans compter évidemment l’année 2022-2023 qui a mis toute l’équipe à dure épreuve. Après plus de 34 ans, elle passe le flambeau à d’autres qui sauront relever de nouveaux défis tout en sauvegardant l’esprit de ces projets toujours centrés sur le besoin des élèves d’aller à la rencontre de l’autre et forcément à la rencontre d’elles-mêmes.

Bilan d’une carrière riche et significative

De quoi est-elle la plus fière en cette fin de carrière? Elle est fière d’avoir été un rempart contre des voyages « m‘as-tu vu », d’avoir su orienter chaque projet, avec les professeurs, pour emmener les élèves à se dépasser, stimulées par leurs guides, leurs professeurs, par la rencontre de l’autre, à faire des liens, à réfléchir, à discuter, à affronter les difficultés une marche à la fois, jamais dans la facilité mais jamais non plus dans le labeur…tenter de rejoindre chacune d’elle à revenir grandie, avec un bagage de plus pour la vie, pour développer une conscience de l’autre, une conscience de nos privilèges entre autres celui d’étudier, d’apprendre par l’expérience et ainsi donner un sens aux études.

Qu’a-t-elle a le plus aimé et que va-t-elle regretter le plus de son travail?  Alors qu’à ses débuts, elle travaillait seule, elle a beaucoup apprécié l’esprit d’équipe qui s’est instauré ces dernières années et qui lui a apporté une grande satisfaction. Elle est consciente de la chance qu’elle a eue d’œuvrer dans un petit milieu où tout le monde se connaît vraiment, s’entraide et développe des liens significatifs, tant entre collègues qu’avec les élèves. Son travail a toujours eu un sens. Il contribue à faire des élèves des actrices de changement qui sauront s’impliquer dans la société avec un souci d’humanisme.

Chantal Keyser nous laisse un riche héritage, tant au niveau des PEVI que des voyages à l’international. Nous espérons tous que la relève fera honneur à cet héritage qu’elle nous laisse et à cette précieuse expertise qu’elle a bâtie pendant ces trois décennies.

Chantal avoue qu’elle ne pensait jamais au moment où cette aventure éducative tirerait à sa fin et qu’elle prendrait sa retraite. Alors que certains nouveaux retraités rêvent de pouvoir voyager, elle se dit qu’elle a déjà fait les voyages dont elle rêvait. Va-t-elle reprendre la photo? La plongée? La moto? Nous lui souhaitons de continuer d’explorer les horizons bien longtemps et elle va beaucoup nous manquer. Merci pour tout Chantal.


Quelques anecdotes qu’elle partage avec nous…

« Inquiète d’une communication déficiente avec les responsables russes, je suis partie seule en avion à Moscou à 24 h d’avis et en effet, mon intuition m’avait bien guidée : les famillles et l’école étaient authentiques dans leur désir d’accueil mais le responsable du programme était louche et exigeait 4 fois le coût prévu… Tout a été réorganisé avec l’organisme Amitiés Canada Russie et l’expérience en famille francophile fut extraordinaire. »

« Pour notre projet du collégial en Palestine, en 1994, on nous a avisé.es qu’ en choisissant d’atterrir en Jordanie, on était déjà étiqueté.es politiquement malgré notre désir naïf d’être « neutre ». Après notre visite dans le désert (Petra), on a traversé le Jourdain : la rencontre avec un Israélien pro-paix a été la rencontre marquante du séjour….déjà en 1994, venir nous rencontrer à Jerusalem-est, il le faisait au péril de sa vie. »

« Voyager au Maroc, devoir tout chambouler le programme à nouveau, 1 semaine avant l’arrivée du groupe mais quel programme : vivre en famille quelques jours et rencontrer des groupes féministes à Casablanca , se promener en autocar à Rabat, Fès, Ait Benhaddou, Marrakech, et camper dans le désert, à la rencontre des Berbères fiers de leur culture, on était traité.es comme de futurs ambassadeurs de leur réalité. »

« En Sicile, dès les premières rencontres avec les migrant.e.s débarqué.e.s dans l’espoir d’une vie plus heureuse, les recherches livresques prenaient tout leur sens et la simulation de type ONU effectuée au conseil de ville de Syracuse prenait une envolée inespérée, incarnée dans la réalité…La rencontre au service des études. Je vote pour envoyer mes étudiants à l’ONU!»

 

 

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